«Neuroscience of Internet Pornography Addiction: A Review and Update» - Extrait critiquant Prause et al., 2015

Lien vers l'article original – « Neuroscience de la dépendance à la pornographie sur Internet : revue et mise à jour » (2015)

Extrait critique Prause et al., 2015 (citation 309)


Une autre étude EEG, menée par trois des mêmes auteurs, a été récemment publiée [ 309 ]. Malheureusement, cette nouvelle étude souffre de nombreux problèmes méthodologiques similaires à la précédente [ 303 ]. Par exemple, elle repose sur un échantillon hétérogène de sujets, les chercheurs ont utilisé des questionnaires de dépistage non validés pour les utilisateurs pathologiques de pornographie sur Internet, et les sujets n'ont pas été examinés pour d'autres manifestations d'addiction ou de troubles de l'humeur.

Dans cette nouvelle étude, Prause et al. ont comparé l'activité EEG de personnes regardant fréquemment de la pornographie sur Internet à celle d'un groupe témoin, pendant qu'elles visionnaient des images à caractère sexuel et des images neutres [ 309 ]. Conformément aux attentes, l'amplitude du potentiel tardif positif (LPP) par rapport aux images neutres a augmenté dans les deux groupes, bien que cette augmentation soit plus faible chez les sujets ayant une consommation excessive de pornographie sur Internet. S'attendant à une amplitude plus importante chez les personnes regardant fréquemment de la pornographie sur Internet, les auteurs ont déclaré : « Ce profil semble différent des modèles de dépendance aux substances. »

Bien que des amplitudes ERP plus importantes en réponse à des stimuli addictifs par rapport à des images neutres soient observées dans les études sur la toxicomanie, le résultat actuel n'est pas surprenant et concorde avec les conclusions de Kühn et Gallinat [ 263 ], qui ont constaté qu'une consommation plus importante était corrélée à une activation cérébrale moindre en réponse à des images sexuelles. Dans la section Discussion, les auteurs citent Kühn et Gallinat et proposent l'habituation comme explication plausible du profil LPP plus faible. Une autre explication avancée par Kühn et Gallinat est que la stimulation intense pourrait avoir induit des changements neuroplastiques. Plus précisément, une consommation plus importante de pornographie était corrélée à un volume de matière grise plus faible dans le striatum dorsal, une région associée à l'excitation et à la motivation sexuelles [ 265 ].

Il est important de noter que les résultats de Prause et al. allaient à l'encontre de leurs attentes [ 309 ]. On pourrait s'attendre à ce que les consommateurs fréquents de pornographie sur Internet et les sujets témoins présentent des amplitudes LPP similaires en réponse à une brève exposition à des images sexuelles si la consommation pathologique de pornographie sur Internet était sans effet. Or, le résultat inattendu de Prause et al. [ 309 ] suggère que les consommateurs fréquents de pornographie sur Internet développent une habituation aux images fixes. On pourrait logiquement établir un parallèle avec la tolérance. Dans le monde actuel de l'accès Internet haut débit, il est fort probable que les consommateurs fréquents de pornographie sur Internet visionnent des films et des vidéos à caractère sexuel plutôt que des images fixes. Les films à caractère sexuel produisent une excitation physiologique et subjective plus importante que les images à caractère sexuel [ 310 ], et leur visionnement entraîne une diminution de l'intérêt et de la réactivité sexuelle face aux images à caractère sexuel [ 311 ]. Ensemble, les études de Prause et al. et de Kühn et Gallinat permettent de conclure raisonnablement que les consommateurs fréquents de pornographie sur Internet nécessitent une stimulation visuelle plus importante pour susciter des réponses cérébrales comparables à celles des sujets témoins sains ou des consommateurs modérés de pornographie.

De plus, l'affirmation de Prause et al. [ 309 ] selon laquelle « il s'agit des premières données physiologiques fonctionnelles concernant des personnes rapportant des problèmes de régulation du VSS » est problématique car elle ignore des recherches antérieures [ 262 , 263 ]. Par ailleurs, il est essentiel de noter que l'une des principales difficultés liées à l'évaluation des réponses cérébrales aux stimuli chez les personnes dépendantes à la pornographie sur Internet réside dans le fait que le visionnage de stimuli sexuels constitue le comportement addictif. À l'inverse, les études sur la réactivité aux stimuli chez les personnes dépendantes à la cocaïne utilisent des images liées à la consommation de cocaïne (lignes blanches sur un miroir), plutôt que de faire ingérer de la cocaïne aux sujets. Puisque le visionnage d'images et de vidéos à caractère sexuel est le comportement addictif, les futures études sur l'activation cérébrale chez les utilisateurs de pornographie sur Internet doivent faire preuve de prudence tant dans la conception expérimentale que dans l'interprétation des résultats. Par exemple, contrairement à l'exposition d'une seconde à des images fixes utilisée par Prause et al. [ 309 ], Voon et al. ont choisi des extraits vidéo explicites de 9 secondes dans leur paradigme de réactivité aux stimuli afin de mieux correspondre aux stimuli pornographiques sur Internet [ 262 ]. Contrairement à l'exposition d'une seconde à des images fixes (Prause et al. [ 309 ]), l'exposition à des clips vidéo de 9 secondes a provoqué une activation cérébrale plus importante chez les consommateurs réguliers de pornographie sur Internet que l'exposition d'une seconde à des images fixes. Il est par ailleurs préoccupant que les auteurs aient cité l'étude de Kühn et Gallinat, publiée simultanément à celle de Voon [ 262 ], sans pour autant mentionner cette dernière dans leur article, malgré son importance cruciale.